Au point de départ d’une création d’entreprise, il n’y a pas toujours la réponse à un problème, à un besoin. Créer peut d’abord correspondre à une envie. C’est ce désir qui anime Gaelle quand elle se lance dans OLY Be. Après plus de 10 ans chez Philips, elle y découvre l’intrapreneuriat… et cela est une révélation. Ne reste plus qu’à trouver le terrain / le brand bain pour se lancer.

Entreprendre c’est souvent trouver le milieu qui correspond à ses connaissances fines, ses connexions humaines, sa culture qui permettent de s’y développer malgré les variations d’environnement comme un poisson dans l’eau. Pour Gaëlle, très imprégnée de la culture du développement, ce sera le yoga. “J’avais envie de monter ma boîte dans un domaine qui a un impact positif sur la vie des gens.”

En 2015, il existe encore beaucoup de freins à la démocratisation du yoga. On ne trouve pas facilement une offre de yoga lisible à côté de chez soi. Il arrive fréquemment donc que les pratiquants doivent effectuer une petite (ou longue) traversée de Paris. Pas évident pour donner envie et être zen.

Gaelle suit donc son instinct : il y a sûrement quelque chose à faire pour rendre ça plus pratique, plus fluide. “Quand je faisais du yoga, je pratiquais chez quelqu’un qui habitait dans mon quartier. Une professeure de yoga venait dans l’appartement nous donner cours.” Nait l’idée d’un AirBnB du yoga : ou comment trouver un spot collectif pas très loin de chez soi. Pas de certitude de tenir un “pain point” donc, mais l’intuition qu’il faut suivre ce signal faible. Une vérification : la taille de marché pour s’assurer que le modèle d’activité correspond à une réalité économique suffisante. Déjà à l’époque, il y a un américain sur 10 qui s’adonnent au yoga. La pratique se développe très vite aussi en France. Check and go !

Entreprendre, c’est avoir des intuitions mais aussi des assomptions. Des moments forts dans lesquels on se sent validé dans son projet. Avant même d’avoir son lot de clients fidèles ou son buzz sur les réseaux sociaux ou à la tv. Il faut avoir son essence dans le moteur.

Pour Gaelle, ce sera une conférence de Sébastien Bazin, le PDG d’Accor. Le dirigeant y présente le programme “Accor Local”. Dans ce nouveau temps stratégique, les clients ne sont pas censés être que des voyageurs. Les hôtels sont invités à toucher la clientèle de quartier, et amener les riverains vers leurs établissements. Pour Gaëlle, c’est un déclic, une fenêtre d’opportunité : “A sa sortie de scène, je lui ai couru après pour lui présenter OLY Be dans le couloir : il a tout de suite été très intéressé et m’a mis en relation avec les bonnes personnes dans ses équipes. Cela a été un gros coup d’accélérateur et un booster de confiance énorme. Là, je me suis dit que mon projet passait un cap. Cela a été aussi un vrai moment déterminant à titre perso : c’était la preuve que j’osais, que je dépassais la stature. Un gros truc qui se passait. Je me suis dit : en fait, il n’y a pas de limite à mon projet.”

Le décollage pendant son passage à Willa

Comme souvent dans un succès durable, il peut y avoir besoin de plus de temps pour arriver à un modèle d’activité équilibré. Quand OLY Be est lancé, il s’agit avant tout d’un “AirBnB” du yoga, c’est à dire pour aider à faire du yoga entre voisins. Les gains ? Eviter de traverser Paris pour effectuer son cours de yoga. De la rapidité, donc, et de la praticité et un coût relativement moindre qu’un cours de yoga classique.

C’est à cette période que Gaëlle rentre chez Willa pour la 1ere édition du programme les Sprinteuses. Elle a déjà mené des projets intrapreneuriaux dans le groupe Philips dans lequel elle a travaillé plus de dix ans. Mais depuis le lancement d’OLY Be, Gaëlle aiguise sa dynamique proactive : c’est le moment où l’entrepreneure doit développer l’art de saisir (et de cultiver) toutes les opportunités. Entrer chez Willa est un accélérateur de confiance. “J’ai été sélectionnée au bout de 6 mois après le lancement : c’était une période un peu délicate, j’avais l’impression de passer mon temps à bricoler sans voir le bout. Cette sélection a clairement boosté ma confiance : des acteurs référents m’ont choisi, moi et mon projet.”

Une nouvelle période s’ouvre avec un nouvel espace. 8 à 9 mois après le lancement, Gaëlle croise une personne qui, séduite par le projet, propose un lieu, nettement plus spacieux qu’un appartement. OLY Be entre dans une nouvelle phase : les pratiquants passent de 5 chez les voisins à 20 dans une salle beaucoup plus agréable et le prix est divisé par deux. Le pari de Gaëlle est en train d’être gagné : le yoga devient vraiment accessible et le business model devient performant. La traction décolle, l’enthousiasme aussi : le yoga devient facile, à proximité, beaucoup moins cher.

L’accélération et le coup de frein… avant la réinvention

Le nombre de cours s’envole. La 1000e réservation est fêtée en 2017. De nouveaux cours thématiques sont lancés. Alors qu’il fallait aller chercher les profs dans un premier temps, c’est à présent des dizaines de candidatures par semaine. Mais le bien-être n’est pas un long fleuve tranquille, et 3 ans après… le confinement survient.

En quelques jours, il faut basculer toute l’activité en distanciel. C’est une histoire d’entrepreneuriat intense, une histoire de vie ou de mort. Nécessité fait loi. Il a fallu se réinventer très vite, avec tout un écosystème à faire vivre. La culture d’OLY Be démontre sa résilience :

Gaëlle se rappelle : “Il y a eu un vrai esprit d’entraide, que ce soit dans l’équipe ou avec les clients et les profs. C’était le tout manuel : il fallait envoyer les liens des cours aux gens. On s’est adapté. Mais tout a été étrangement fluide.” Un “gros passage de rapide” de surmonté.

Et la communauté suit. Une des grandes forces d’OLY be, c’est d’arriver à rendre accessible le yoga au quotidien donc de s’inscrire dans une routine de bien être. Mais aussi de cultiver une communauté de développement. L’art de surfer et de dépasser les événements inattendus donc.

Le confinement infuse. Fidèle à son esprit intuitif, Gaëlle mature déjà une évolution d’OLY Be. Quelques mois plus tard, lors d’un petit déjeuner évènement, elle croise Laure fondatrice de Yogaconnect, le Netflix du Yoga. Une discussion informelle démarre et l’idée part “Pourquoi ne pas intégrer Yogaconnect à la plateforme?”. Quelques mois plus tard, Laure rejoint l’entreprise. OLY Be poursuit son développement à vitesse rapide mais, fidèle à son ADN, dans un rythme toujours fluide.

Comme disait Gérard Houiller, un grand manager sportif, “le talent, c’est l’art du rebond.”

Le mojo d’OLY BE : une culture du développement des personnes

Au cœur du succès et du développement d’OLY Be, il y a une culture très forte de développement des personnes, c’est-à dire le fait de faire grandir les équipes mais pas seulement, les profs comme les clients. La clé : être attentifs à eux, à l’écoute, en montrant qu’on souhaite et encourage leur progression. Une envie pour Gaëlle qui vient de loin :

“J’ai été marquée par la culture anglo-saxonne de par mon passage chez Philips. Mon N+1 indien me poussait (positivement) et me coachait. Il me disait “c’est important d’avoir des gens ambitieux dans son équipe, il ne faut pas avoir peur.” J’avais 25 ans à l’époque. Cela m’a profondément façonné : j’aime développer les gens.”

C’est cette énergie du développement des autres et sa sincérité qui ont permis à Gaëlle d’engager ses parties prenantes. Et d’incarner un yoga pour tous et de le rendre crédible, dans un écosystème où les acteurs sont particulièrement sensibles à la personnalité humaine et la cohérence du comportement.

Gaëlle confie : “Il est essentiel de comprendre comment est la personne, comment aider à la développer, avec une relation de proximité, professionnelle mais aussi humaine.” Une démarche qui résonne comme un vrai actif pour construire une culture du développement.

Cela passe par des petites actions et des initiatives de tous les instants : bien onboarder les profs, les payer rapidement, donner envie de créer du lien autour d’échanges et de postures de relation client. Au coeur de cette animation, un programme d’expériences où les acteurs ont le temps d’interagir et de se rencontrer au delà de l’activité, en tant que personnes. Des évènements sont ainsi créés régulièrement pour prendre le temps de se rencontrer, permettre d’échanger, de montrer que les profs sont au centre du projet. Résultat : cela se ressent très vite dans la relation avec les clients. Il y a un bon état d’esprit, celui d’un yoga “ni trop perché, ni trop technique”, un yoga ouvert et bienveillant.

Cet état d’esprit est essentiel à l’identité inclusive d’OLY Be et par conséquent à son modèle d’activité : “Ce n’est pas un yoga réservé qu’à des gens souples, minces, qui pratiquent sur la plage avec un soleil couchant. En paraphrasant Mac Do, c’est plus : venez vous faire du bien comme vous êtes.” Cela se retrouve dans la progression des apprenants : les élèves développent rapidement une meilleure relation à leur corps, leur niveau de stress baisse, la qualité de sommeil s’améliore. Et au final, les pratiquants se trouvent d’avantage en accord avec eux-même. Au cœur de la promesse et de la culture d’OLY Be, le sentiment d’équilibre.

A ce titre, il est essentiel que l’équipe démontre sa connexion humaine, avec les profs, avec les clients. C’est un sentiment positif et une énergie installés dès le départ. Comme le précise la fondatrice, “je crois à ce qu’on dégage, je crois beaucoup à cet actif intangible dans nos relations.” Cette démarche se traduit de manière multiple : avec des évènements pour les élèves pour parler avec eux (anniversaire, journée internationale), pour les équipes (teambuilding fun, remise d’awards), pour les profs (des cours exprès gratuit avec top profs, des webinaires pour créer de jolis visuels ou développer leur réseaux sociaux). Tout ce qui permet d’aider à faire grandir mais d’abord et avant tout qui démontre un intérêt réel aux personnes.

Aujourd’hui, OLY Be est une entreprise à mission, mais sa fondatrice se méfie des effets d’annonce et des postures comme des effets pervers. Le bien-être est un enjeu essentiel, mais dans un société de plus en plus normative, il y aussi une pression du “bon life style”, avec son inflation des injonctions. Pour Gaëlle, cette pression devient contreproductive ; au contraire, il est essentiel pour progresser de s’inscrire dans une stratégie des petits pas pour se faire du bien. “C’est comme les frites et les repas healthy : si on mange équilibré, on a droit à manger des frites de temps à autre. Et je ne cherche, ni à piloter un mouvement, ni à prescrire de nouvelles normes qui serviraient mes intérêts. Ce qui m’anime c’est tester des trucs, d’être en proximité. Et de participer à cette progression collective tout en gardant l’équilibre.” Et si c’était cela, la clé du vrai leadership : une capacité à nourrir les énergies intimes et collectives ?